MARGUERITE Hessein de la Sablière
MARGUERITE Hessein de la Sablière

L'animal-machine (correction)

Que nous enseignent les fables au sujet de l'intelligence animale ?

"Discours à Madame de La Sablière"

1. Dans la philosophie de Descartes, telle que la présente La Fontaine dans le début de ce discours, à quoi est associé l'animal ?

La philosophie cartésienne considère « que la bête est une machine » : les animaux n'auraient pas de libre-arbitre (« sans choix »), ils agiraient comme des automates (« par ressorts ») et n'éprouveraient aucune véritable émotion (« Nul sentiment, point d'âme »). Ils fonctionneraient exactement comme une horloge (« Telle est la montre qui chemine, / À pas toujours égaux, aveugle et sans dessein ») dont les mouvements sont ordonnés par un ensemble de rouages. Les perceptions sensorielles produiraient dans les corps animaux des réactions en chaîne qui se manifesteraient extérieurement par des mouvements qui n'auraient que l'apparence des émotions humaines (« Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle »).

2. Quelle métaphore illustre cette conception du comportement animal ?

Celle de l'horloge (voir ci-dessus).

3. À partir du vers 35 ("Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur..."), qu'est-ce qui, selon Descartes, définit l'homme ?

Selon Descartes, l'homme est la seule créature terrestre capable de penser ; en outre, il a conscience d'être un être pensant. La Fontaine ne souscrit que partiellement à cette thèse. Il admet que les animaux ne sauraient avoir conscience qu'ils pensent, mais cela n'empêche pas qu'ils puissent penser sans s'en rendre compte. Dans un premier temps, La Fontaine fait mine d'approuver Descartes ; mais il développe tout de suite après deux exemples de comportements animaux témoignant d'une intelligence certaine. Il évoque d'abord les « cent stratagèmes / Dignes des plus grands chefs » qu'un vieux cerf met en oeuvre pour échapper aux chasseurs : « Que de raisonnements pour conserver ses jours ! ». Il évoque ensuite la ruse d'une perdrix qui « fait la blessée, et va traînant de l'aile » pour détourner du nid le chasseur et son chien, et sauver ainsi ses petits. À la pure abstraction de la théorie philosophique, La Fontaine oppose donc la réalité des faits observables dans la nature.

4. La Fontaine partage-t-il la thèse de Descartes ?

5. Comment justifie-t-il son point de vue ? (avec quels exemples ?) Voir réponse 3

6. Dans l'ensemble du texte, quel regard La Fontaine nous invite-t-il à porter sur les hommes ?

Dans cet extrait du « Discours à Mme de La Sablière », les hommes n'apparaissent pas à leur avantage. Les cartésiens sont si fiers de la supériorité intellectuelle de l'homme, seule créature terrestre douée de raison, qu'ils en viennent à refuser la moindre forme d'intelligence aux autres espèces animales, et cela contre toute évidence : en effet, les preuves de l'intelligence animale abondent dans la nature. Seul son orgueil démesuré empêche l'homme de reconnaître qu'il n'est pas la seule créature capable de penser. Pour sa part, La Fontaine s'amuse à montrer que les hommes font eux-mêmes souvent preuve de bêtise : il rappelle que les Anciens ont eu la naïveté de diviniser leurs grands hommes ; il brocarde sans le nommer tel contemporain, « franche bête de somme », « qui tient le milieu [...] entre l'huître et l'homme » ; il nous invite à rire, avec la Perdrix, « de l'Homme, qui confus des yeux en vain la suit ». Le fabuliste évoque enfin la brutalité dont font aussi preuve les hommes lorsqu'ils refusent tout égard à l'adversaire le plus vénérable, « l'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors » : « On le déchire après sa mort ; / Ce sont tous ses honneurs suprêmes ».

« Les Souris et le Chat-Huant »

Expliquez en quoi cette historiette, qui passe pour véridique, illustre la thèse défendue par La Fontaine contre Descartes.

Cette petite histoire montre que les animaux peuvent faire preuve d'une grande ingéniosité. La Fontaine insiste sur le fait qu'il s'agit d'un cas incroyable mais vrai : « Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable / Il a l'air et les traits, encor que véritable » (v. 6-7). Il est ici question d'un hibou qui élève des souris pour entretenir son garde-manger sans avoir à chasser ; or, pour empêcher que les souris ne s'échappent, l'oiseau leur coupe les pattes. La Fontaine y voit une preuve incontestable de l'intelligence animale : « Cet oiseau raisonnait, il faut qu'on le confesse » (v. 16) ; « Si ce n'est pas là raisonner, / La raison m'est chose inconnue » (v. 32-33). Interrompant son récit, le fabuliste charge frontalement la théorie de Descartes exposée dans le « Discours à Mme de La Sablière » : « Puis, qu'un Cartésien s'obstine / À traiter ce Hibou de montre et de machine ! / Quel ressort lui pouvait donner / Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ? » (v. 28 à 31). La réouverture de cette dispute philosophique dans la toute dernière fable du second recueil témoigne assez de l'importance de la question dans l'esprit de La Fontaine : soucieux d'être bien compris, celui-ci fait suivre la pièce de vers de quelques lignes de prose dans lesquelles il reconnaît avoir poussé un peu trop loin la pénétration de l'animal : « car je ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès de raisonnement tel que celui-ci ; mais ces exagérations sont permises à la poésie ». Tout en revendiquant son droit à la fantaisie, La Fontaine affirme donc la légitimité de sa parole dans le débat philosophique sur l'intelligence animale.

https://www.itineraireslitteraires.fr/sequence/lecole-des-fables

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