Lecture du dénouement d'Oh les beaux jours

Pages 81-83, de "Qu'est-ce que tu as, ..." (page 81) à la fin : le dénouement

1. Contexte : cet extrait constitue le dénouement de la pièce. Alors que Winnie, depuis le début de l'acte II, s'est enfoncée plus profondément dans le tertre et qu'elle se remémore alors de lointains souvenirs, Will, son mari, tente en vain de communiquer. Ainsi le spectateur assiste-t-il à une scène entre deux individus incapables de retenir un temps qui s'enfuit et qui engloutit les espoirs de révolte.

2. Au début, était une tragédie.

Dans cette fin de pièce, de nombreux éléments sont empruntés à la tragédie ou tout du moins confèrent au passage une certaine gravité qui n'est pas sans rappeler le registre correspondant . Qu'il s'agisse de l'indifférence simulée ou non de Willie, de l'efficacité chronique des propos de l'héroïne à vouloir dompter le temps ou du ton affectant une certaine légèreté, comme si de rien n'était, tout épouse le signe du désespoir, des tentatives illusoires (qui font illusion). Le destin des personnages, malgré leurs timides tentatives, apparaît comme scellé, inéluctablement inscrit dans l'échec. 

L'hyperbole "jamais vu une tête pareille" marque un instant solennel dans le couple... et dans le drame. À force d'éloignement, l'héroïne souligne le fossé qui désormais les sépare. Ils ne sont plus des amants, mais des êtres déchirés par les ravages du temps. Ainsi Winnie retrouve-t-elle, l'espace de quelques instants fugaces, des élans maternels soulignés par l'apostrophe affectueuse, "chéri", ultime témoignage de son affection.

Son vocabulaire s'adapte également à la situation. Comme le ferait une mère à son enfant, l'héroïne encourage les efforts désespérés de son mari à se mouvoir, lui qui "commence à grimper", qui s'agrippe au mamelon. Les didascalies témoignent de la régression du mari et saluent la maternité retrouvée de Winnie qui fait preuve d'indulgence envers son mari, voire de compassion. 

La chute de Willie n'est pas sans rappeler la lutte désespérée de Sisyphe. L'onomatopée "Brrroum" mime de façon comique la chute du mari et vient donner une tonalité beaucoup plus légère à l'extrait, même si ses gestes désespérés l'animalisent et le ridiculisent. Le comique et le tragique, chez Beckett, sont toujours liés.

Contre ce destin désormais inéluctable, Winnie lutte et le spectateur assiste aux ultimes assauts. "Essaie encore Willie..." témoigne d'une volonté indéfectible de lutter contre le vide existentiel. Quant aux regards échangés, ce sont à la fois ceux des spectateurs médusés qui regardent les deux êtres en perdition et ceux que s'échangent les amoureux, contre vents et marées.

Véritablement révélateur de la pensée de Beckett, cet extrait souligne la difficulté à exister, à communiquer autrement que par des appels désespérés, à dompter un temps qui nous échappe. C'est sur un constat pessimiste que nous laisse Beckett malgré cette chanson et ces regards échangés. Mais que l'on puisse également y lire une lueur d'espoir n'est pas sans fondement, Beckett aimant ainsi brouiller les pistes, ne jamais donner de réponses toutes faites.

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