Leçon 3 : l'expression de la négation

La phrase négative s'oppose à la phrase affirmative. Elle ne constitue pas en elle-même un type de phrase, mais elle peut se combiner à plusieurs d'entre elles (phrases déclarative, interrogative, exclamative et injonctive).

→ L'expression de la négation varie selon le niveau de langue employé (familier, courant, soutenu) et en fonction du contexte d'utilisation (oral ou écrit). Dans un emploi fautif de la négation, l'adverbe ne est parfois omis à l'oral : Je veux pas.

1. Exprimer la négation

  • Une phrase est de forme négative quand elle contient une négation. Elle se forme à l'aide de deux éléments : l'adverbe ne, placé devant le verbe, et un autre mot.
  • La négation peut reposer sur des mots, qui expriment en eux-même la négation.

A noter :

  • La conjonction de coordination ni peut être employée une ou plusieurs fois pour remplacer et et ou dans une phrase négative. Il n'aime ni les betteraves ni le chou. (≠ Il aime les betteraves et le chou.)

  • Attention, le ne dit « explétif », qui s'emploie principalement dans le langage écrit après une proposition conjonctive, n'indique pas la négation. J'ai peur qu'il ne vienne. (= J'ai peur qu'il vienne.)

2. Comprendre la portée de la négation

  • La négation peut porter sur l'ensemble de la phrase ou sur une partie de celle-ci.

A noter : 

  • L'adverbe non peut exprimer la négation d'une phrase entière. Il est alors employé seul, et constitue un « mot-phrase ». Veux-tu m'accompagner au cinéma ? Non.

  • La négation restrictive exprimée par les adverbes ne... que (ne... point) est un équivalent de l'adverbe seulement. Elle doit être interprétée du point de vue du message de l'énoncé.

    Elle ne lit que des romans. (= Elle lit seulement des romans.)

Exercices

1. Renversez ces affirmations en utilisant la négation restrictive tout en conservant un sens proche. Puis, expliquez la nuance de sens qui existe entre vos propres phrases et celles de l'exercice.

Ex. : Pierre aime manger des prunes. → Pierre n'aime manger que des prunes.

  1. Gustave Flaubert a voyagé en Orient.

  2. Le public a applaudi la dernière représentation de la pièce.

  3. Pourquoi arrives-tu à cette heure ?

  4. Ces touristes parlent anglais.

  5. La plupart du temps, Isabelle lit des romans de science-fiction.

2. Dites si les négations des phrases suivantes sont totales ou partielles.

  1. Patricia n'a pas terminé l'écriture de son roman.

  2. Aristide n'est pas arrivé à huit heures.

  3. On n'est jamais si bien servi que par soi-même.

  4. Flora n'a pas eu de chance : elle s'est fait voler son sac !

  5. Yannick ne se rend plus au théâtre depuis quelques mois.

3. Réécrivez ces phrases négatives en phrases affirmatives, sans employer la forme négative (ne... pas/point, etc.). Vous devrez utiliser des antonymes ou des mots dérivés.

Ex. : Je ne sais pas s'il passe me chercher. → J'ignore s'il passe me chercher.

  1. Je ne peux vraiment pas t'aider.

  2. Franck ne croit pas à ce que dit Gaby.

  3. Émile Zola n'était pas connu lorsqu'il projeta d'écrire Les Rougon-­Macquart.

  4. Les ventes à la sauvette ne sont pas légales en France.

  5. Il n'est pas utile de bousculer pour entrer !

  6. La municipalité n'a pas évoqué la question du logement.

  7. Je ne veux ni tes plaintes, ni tes larmes, ni tes excuses !

4. a. Relevez les phrases à la forme négative dans cette lettre. b. Que permettent-elles de comparer ?

Cher Daniel,

Ma lettre va bien te surprendre. Tu ne te doutais pas, hein ? que je fusse à Paris depuis quinze jours. J'ai quitté Lyon sans rien dire à personne, un coup de tête...

[...] Ici du moins il ne fait pas toujours du brouillard ; il pleut bien quelquefois, mais c'est une bonne petite pluie gaie, mêlée de soleil, et comme je n'en ai jamais vu ailleurs. Aussi, je suis tout changé ; si tu savais, je ne pleure plus du tout.

Alphonse Daudet, Le Petit chose, 1868. 

5. a. Relevez toutes les phrases négatives de cet extrait et précisez les classes grammaticales des mots exprimant la négation.

b. Comment l'alternance de phrases négatives et affirmatives participe-t-elle au comique de ce passage ?

Lucinde se sent triste. Son père, Sganarelle, tente de comprendre ce qui la tourmente, mais quand il apprend que sa fille est amoureuse, celui-ci refuse désormais de l'écouter.

Sganarelle. - Ce n'est pas la récompense de t'avoir élevée comme j'ai fait.

Lisette. - Mais, Monsieur...

Sganarelle. - Non, je suis contre elle, dans une colère épouvantable.

Lucinde. - Mais, mon père...

Sganarelle. - Je n'ai plus aucune tendresse pour toi.

Lisette. - Mais...

Sganarelle. - C'est une friponne.

Lucinde. - Mais...

Sganarelle. - Une ingrate.

Lisette. - Mais...

Sganarelle. - Une coquine qui ne me veut pas dire ce qu'elle a.

Lisette. - C'est un mari qu'elle veut.

Sganarelle, faisant semblant de ne pas entendre. - Je l'abandonne.

Lisette. - Un mari.

Sganarelle. - Je la déteste.

Lisette. - Un mari.

Sganarelle. - Et la renonce pour ma fille.

Lisette. - Un mari.

Sganarelle. - Non, ne m'en parlez point.

Lisette. - Un mari.

Sganarelle. - Ne m'en parlez point.

Lisette. - Un mari.

Sganarelle. - Ne m'en parlez point.

Lisette. - Un mari, un mari, un mari.

Molière, L'Amour médecin, I, 3, 1665.

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