Lettres persanes (Montesquieu)

Un bref rappel du début de la séquence que vous avez peut-être oublié :

Le 6 mars, vous a été présentée la séquence : vous pouvez télécharger le diaporama et la carte mentale ci-dessous.

Le 7 mars, nous nous sommes penchés sur trois représentations picturales de l'Orient (séance 2). Rappelez-vous, il s'agissait du Bain turc, de La Mort de Sardanapale et d'Odalisque, femme algérienne.

Le 10 mars (séance 3), il n'y a pas si longtemps, nous nous sommes interrogés sur la place de la religion dans le roman de Montesquieu : les lettres 12, 18, 24, 57 et 67 nous ont servi d'appui.

Le 13/03 (séance 4), nous avions grammaire... et non piscine ! Quel cauchemar ! Au menu du jour, les propositions subordonnées complétives, les propositions subordonnées circonstancielles et les propositions subordonnées relatives.

Enfin, plus proche de nous, nous avons étudié linéairement la lettre 30 et avons ciblé l'objet de la critique dans cette lettre : l'ethnocentrisme parisien (séance 5).

Place à la suite !

Séance 6 

La question du pouvoir dans les Lettres persanes (lettres 21, 24 et 80)

Questions préparatoires :

  1. Pourquoi la description des fonctions du roi et du pape dans la lettre 24 peut-elle paraître choquante pour un lecteur du XVIIIe siècle ? A travers Rica, que et qui remet en cause Montesquieu ?
  2. Dans les lettres 21 et 80, Rica semble se contredire avec deux prises de position paradoxales. Quelles sont-elles ?

Répondez ici avant le 20/03

Séance 6 : la question du pouvoir dans les Lettres persanes (synthèse des lettres 21, 24 et 80)

Vous l'avez très bien vu pour la plupart le regard de Montesquieu sur la religion et la politique est éminemment critique. Pour quelles raisons ?

Dans un premier temps, c'est à travers la métaphore du magicien que l'auteur met en oeuvre sa critique. Il associe dans la lettre 24 le roi et le pape à un prestidigitateur, faisant ainsi preuve d'irrespect vis-à-vis des traditions monarchiques et religieuses. En pleine monarchie de droit divin, il rend les actes et la parole du souverain contestables, notamment à travers une réforme politique (monétaire) qui consiste à persuader "qu'un écu en vaut deux". Sa référence au système de Law est explicite : Louis XV et sa politique monétaire sont remis en cause.

Plus loin dans cette même lettre, c'est le pape et sa bulle Unigenitus qui sont critiqués par une remise en question des lois fondamentales de l'Eglise catholique, l'eucharistie et la trinité : « tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu'un ; que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin ».

Dans un deuxième temps, à travers les lettres 21 et 80, Montesquieu assouvit un autre désir de critique : cette incapacité qu'ont les politiques à lier leur mode de vie personnel et leurs idées philosophiques, la théorie et la pratique. Ainsi voyons-nous Usbek condamner la tyrannie sous toutes ses formes alors que lui-même se comporte en tyran avec son eunuque.

Les Lettres persanes comportent donc bien cette visée morale propre à la philosophie des Lumières.

"C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser". 


"Le harem, scène turque, odalisques et Turcs fumant des narguilés sur des coussins" Peinture de Gianantonio Guardi ou Giovanni Antonio Guardi (1699-1761)• Crédits : LEEMAGE - AFP
"Le harem, scène turque, odalisques et Turcs fumant des narguilés sur des coussins" Peinture de Gianantonio Guardi ou Giovanni Antonio Guardi (1699-1761)• Crédits : LEEMAGE - AFP

Séance 7 : lecture 2, lettre 80

La sévérité d'une punition ne dissuade pas de transgresser les règles.


Compte, mon cher Rhédi, que dans un État, les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on obéisse plus aux lois. Dans les pays où les châtiments sont modérés, on les craint comme dans ceux où ils sont tyranniques et affreux.

Soit que le gouvernement soit doux, soit qu'il soit cruel, on punit toujours par degrés : on inflige un châtiment plus ou moins grand à un crime plus ou moins grand. L'imagination se plie d'elle-même aux mœurs du pays où l'on vit : huit jours de prison, ou une légère amende, frappent autant l'esprit d'un Européen, nourri dans un pays de douceur, que la perte d'un bras intimide un Asiatique. Ils attachent un certain degré de crainte à un certain degré de peine, et chacun la partage à sa façon : le désespoir de l'infamie vient désoler un Français condamné à une peine qui n'ôterait pas un quart d'heure de sommeil à un Turc.

D'ailleurs je ne vois pas que la police, la justice et l'équité soient mieux observées en Turquie, en Perse, chez le Mogol, que dans les républiques de Hollande, de Venise, et dans l'Angleterre même ; je ne vois pas qu'on y commette moins de crimes ; et que les hommes, intimidés par la grandeur des châtiments, y soient plus soumis aux lois.

Je remarque, au contraire une source d'injustice et de vexations au milieu de ces mêmes États.

Je trouve même le prince, qui est la loi même, moins maître que partout ailleurs.

Je vois que, dans ces moments rigoureux, il y a toujours des mouvements tumultueux, où personne n'est le chef ; et que, quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en reste plus assez à personne pour la faire revenir ;

Que le désespoir même de l'impunité confirme le désordre et le rend plus grand ;

Que, dans ces États, il ne se forme point de petite révolte, et qu'il n'y a jamais d'intervalle entre le murmure et la sédition ;

Qu'il ne faut point que les grands événements y soient préparés par de grandes causes ; au contraire, le moindre accident produit une grande révolution, souvent aussi imprévue de ceux qui la font que de ceux qui la souffrent.

De Paris, 

le 2 de la lune de Rébiab 1, 1715.

Plan de l'explication :

Lignes 1 à 14 du livre (de "Compte..." à "... un Turc.") : la thèse d'Usbek et son illustration

Lignes 15 à 23 (de "D'ailleurs..." à "... partout ailleurs.")  : de l'expérience à la théorie

Lignes 24 à la fin : les régimes s'exerçant par le despotisme sont inefficaces.

Quelques pistes pour l'oral

Éléments d'introduction :

Présentez rapidement l'œuvre, situez la lettre dans l'ensemble du roman, puis donnez-en les thèmes principaux. Précisez également l'intérêt qu'il peut y avoir à étudier ce texte ; ici, on peut constater qu'il s'agit, derrière le personnage d'Usbek, d'une réflexion politique de Montesquieu sur la justice et plus particulièrement sur le fait que la sévérité d'une punition ne dissuade pas forcément de transgresser les règles.

Énoncez ensuite le plan d'étude linéaire que vous avez retenu. Le voici :

Lignes 1 à 14 du livre (de « Compte... » à « ... un Turc. ») : la thèse d'Usbek et son illustration
Lignes 15 à 23 (de « D'ailleurs... » à « ... partout ailleurs. ») : de l'expérience à la théorie
Lignes 24 à la fin : les régimes s'exerçant par le despotisme sont inefficaces.

N'oubliez pas de lire l'extrait à voix haute - c'est obligatoire - pour vous en imprégner.


Votre développement (n'oubliez pas que chacune de vos remarques doit s'accompagner d'une justification : une citation, une ligne, une figure de style ou un procédé grammatical) : quelques idées possibles.

Lignes 1 à 14 du livre (de « Compte... » à « ... un Turc. ») : la thèse d'Usbek et son illustration 
Le début du passage est marqué par l'exposé de la thèse que l'on sait être celle de Montesquieu : « dans un état, les peines... plus aux lois. » Il la développe ensuite en prenant l'exemple de pays aux châtiments modérés. Pour donner plus de force à son propos, pour donner l'impression qu'il est irréfutable, Usbek utilise par deux fois le présent de vérité générale : le verbe « faire » (« font »), puis le verbe « craindre » à la fin du paragraphe.
Le ton pour lequel opte l'émetteur de la lettre est sérieux et didactique. Il entend apprendre ce que tout le monde doit savoir. Ainsi utilise-t-il l'impératif « compte », c'est-à-dire « estime », « crois bien ». La reformulation de sa thèse suit le même but et la même efficacité qu'il renforce par l'antithèse « modérés/tyranniques » qu'il reprendra en des termes différents en début de deuxième paragraphe avec « doux » et « cruel », grâce aux formulations « soit... » et « soit... » et avec les comparatifs « plus ou moins grand » qui présentent les deux possibilités.
Ce sont ensuite des exemples qui vont orner sa thèse : l'Européen, l'Asiatique, le Français, le Turc sont ainsi convoqués pour renforcer l'opinion et la justifier. Il oppose ainsi les peines clémentes (« huit jours de prison ») à des châtiments bien plus sévères en vigueur en Asie, « la perte d'un bras ». Il entend donc prouver que, quelles que soient les coutumes, quels que soient les pays, sa thèse est irréfutable, universellement valable.

Lignes 15 à 23 (de « D'ailleurs... » à « ... partout ailleurs. ») : de l'expérience à la théorie
Le troisième paragraphe fait part de la propre expérience de l'émetteur. En utilisant la première personne du singulier, Usbek et à travers lui Montesquieu, entend montrer que sa théorie peut être mise en pratique. Ainsi voit-on convoqués trois républiques, trois pays et trois « instances » (« la police, la justice et l'équité »). Le rythme ternaire assure au passage sa cohérence et rend les propos plus frappants.
Il parvient également à chasser les opinions contraires par la négation initiale : « je ne vois pas » qui réfute ainsi les propos adverses. Cette stratégie habile lui permet d'opposer en toute logique ses idées, notamment grâce à la locution « au contraire » et les deux courts paragraphes commencés tous les deux par le pronom « je » et deux verbes d'opinion « remarque » et « trouve ».

Lignes 24 à la fin : les régimes s'exerçant pas le despotisme sont inefficaces.

Pour amplifier sa critique du pouvoir absolu, Montesquieu, dans cette ultime phrase marquée par des retours à la ligne et une succession de propositions subordonnées complétives, va montrer que la concentration du pouvoir mène celui-ci à sa perte. La répétition de « personne » montre qu'en effet toute autorité disparaît dans un régime despotique dès lors que les habitants se révoltent. À nouveau, comme si sa démonstration était achevée, l'émetteur recourt au présent de vérité générale : « confirme », « forme », « produit », rendant ainsi inquiétants ses propos : « quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en reste plus assez à personne pour la faire revenir ». Le ton devient alors plus sévère, péremptoire, et souligne les dangers qui guettent une société à travers le champ lexical de la révolte : « tumultueux », « désordre », « révolution », « sédition » et l'opposition entre les adjectifs « moindre » et « grande ». Enfin, l'extrait s'achève sur des mots brefs qui suggèrent le désordre et la violence qui guettent ces pays. La révolte est d'autant plus dangereuse qu'elle est imprévisible.

Votre conclusion doit rappeler l'essentiel de ce que vous avez développé. Mais elle doit aussi confirmer, comme vous l'avez suggéré dans l'introduction, que l'extrait constitue bien une réflexion d'ordre politique. Vous pouvez enfin ouvrir la perspective de plusieurs façons : soit évoquer une autre lettre proposant une réflexion du même ordre (voir séance précédente), soit élargir vers une autre œuvre de Montesquieu : on peut à ce titre citer la théorie de l'auteur selon laquelle il faut adapter les coutumes et les lois à l'esprit d'un pays, théorie présente dans l'œuvre intitulée De l'esprit des lois.

Séance 8 : l'utopie des Troglodytes (lettres 11, 12, 13, 14)


Séance  10 : lecture 3, lettre 161 (le suicide de Roxane)

Une fois n'est pas coutume, commençons par un questionnaire préparatoire à remplir avant samedi 4 avril et après avoir lu la lettre 161 dans son intégralité.

Intérieur de harem ou Femme mauresque sortant du bain au sérail de Théodore Chassériau.
Intérieur de harem ou Femme mauresque sortant du bain au sérail de Théodore Chassériau.

Séance 9 : la visite du sérail

Lecture ou relecture des lettres 26, 151, 157 et 161

Après avoir lu les lettres consacrées au sérail, répondez aux questions ici avant jeudi. Ce n'est pas très long !
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